COALITION DES PARTIS DE LA MAJORITE
Après l'élection des présidents et bureaux de communes et maires des grandes villes, nombreux sont ceux parmi nous qui ont considéré que ces échéances permettent de tirer au moins une conclusion, communément répandue, selon laquelle "la coalition des partis de la majorité" s'est effondrée et que cette entité baptisée «partis de la majorité» a mis fin à ses jours. La question qui se pose ici est la suivante : "cette coalition avait-elle jamais existé pour pouvoir dire aujourd'hui qu'elle s’est autodétruite ? L'édification de la majorité a-t-elle jamais été achevée pour pouvoir affirmer maintenant qu'elle a été déstabilisée ou interrompue ? Les parties concernées se sont-elles jamais réunies pour jeter les bases d'une forte coalition et mettre au point un projet politique commun qui se défend ?
"La coalition de la majorité" n'est qu'un pseudonyme emprunté d’ailleurs et choisi, selon toute vraisemblance, pour des objectifs précis, mais dont les créateurs veulent maintenant que les gens y croient car eux-mêmes ont fini par y croire.
La coalition des partis de la majorité n'est que chimère, mais en tant que notion, elle a été cette épée que les instigateurs de "l'alternance" ont dégainé pour bien réussir leur bataille menée précisément en vue de :
- se libérer de la pression que la Koutla leur faisait subir. La coalition était donc cette baguette magique qui allait permettre au premier ministre d'agir librement, même s'il ne se conforme pas au cahier de charge de la Koutla, et n'honore pas les engagements respectifs conclus avec celle-ci auparavant. La Koutla était devenue ensuite, pour le premier ministre, un fardeau gênant qui renvoie à une référence devenue inutile à ses yeux.
- répondre à ceux qui pointaient du doigt la fragilité du fondement constitutionnel du gouvernement d'alternance. Cette réponse consistait d'abord à brandir la thèse du «pacte avec le roi». "La majorité", quant à elle, ne portait que le sens d’une "majorité numérique", destinée à satisfaire une condition de pure forme. Au fond, cela voulait dire que l'on prenait comme référence le programme de l'USFP ainsi que le programme et les conceptions de la Koutla pour engager la réforme, et que les autres parties étaient sensées observer une paix politique et obtempérer devant la volonté royale d'engager les réformes nécessaires. Cependant, la majorité en terme de chiffre s'est miraculeusement transformée en une "majorité politique". Il est devenu, par conséquent, nécessaire de consulter les partis qui la composent pour coordonner les prises de positions, fixer les grandes lignes de l'action commune et gérer cette période à l'échelle du gouvernement et de la masse.
Tout compte fait, ce n'était qu'un procédé astucieux pour occulter l'adhésion à la logique de la continuité et reconduire le programme inchangeable appliqué depuis des décennies dans le pays, en y introduisant quelques retouches.
Ceux qui soulevaient la question de la fragilité du fondement constitutionnel posaient, en fait, le problème réel qui n'est autre que la question des attributions et du pouvoir d’agir limités dont dispose le gouvernement, doublée de l’absence des conditions susceptibles de faire de "la majorité" une donnée réelle qui porte un sens et qui a un impact sur la vie dans le pays.
Hormis leur cohabitation au sein du gouvernement, les partis composant cette «majorité» ont-il constitué une réelle coalition ?
Ont-ils fixé un programme général pour cette coalition ? La déontologie de cette union a-t-elle été élaborée et les termes d'engagements mutuels ont-ils été fixés ? Ces partis ont-ils élaboré une stratégie d'action et de solidarité mutuelle ?
Ont-il cerné le sens de ce qu'ils entendent par "opposition" ou "minorité" en même temps que leurs points de divergence ? En d'autres termes, ont-il réussi à définir leurs adversaires dans la bataille politique ?
L'on pourra prétendre que le programme de la coalition de la majorité est en fait la déclaration gouvernementale elle-même présentée par le Premier ministre. Mais chez nous, il est de fait que les partis ne se posent jamais de question sur les recoupements entre leurs programmes pour "se coaliser". Ils font passer, avant tout, la formation d’un gouvernement de majorité, mais en termes de chiffre seulement, avant de s’attaquer, ultérieurement, à la question du "Programme", mais en tant que simple question de formulation ou de rédaction, rien de plus. Car le programme est constant. Et ce n'est ni le programme des uns ou des autres qui compte. Citons à ce propos la réponse d’un membre dirigeant de l'UC interrogé sur le programme de son parti à l'époque du gouvernement d'alternance. Il a affirmé que ce n'était autre que le programme du gouvernement d'alternance lui-même. Bien plus, lorsque les islamistes ont fait leur démonstration de force à Casablanca pour s'opposer au projet du plan d'intégration de la femme au développement, ont défilé à leur côté des partis qui participaient au gouvernement et qui considèrent la question de la femme comme un point crucial dans leur orientation politique. Les partis de l'Administration ne peuvent pas, sur le plan pratique, concevoir un programme puisqu'ils admettent sans ambages que leur rôle se limite à louanger le programme émanant du pouvoir central et à manifester leur prédisposition sempiternelle à participer au gouvernement sans conditions ni réserves.
La question se pose de savoir si l'on peut se mettre d'accord avec un parti de l'Administration sur une déontologie quelconque, alors même que celui-ci ne peut désobéir à des instructions pouvant contredire des engagements antérieurs le liant à d'autres partis. Peut-on constituer une coalition ou s’associer avec des gens qui sont tout sauf indépendant ? Est-ce que le problème du défaut d'indépendance n'a été découvert qu'au lendemain de l'élection des maires, ou s'agit-il d'un trait de caractère inhérent à un nombre non négligeable de nos partis politiques ?
Si les partis de "la majorité" gouvernementale, sous couvert du gouvernement "d'alternance", ont pu se faire forger des mécanismes leur permettant d'agir dans le cadre de la coalition, comment se fait-il que le membre qui semblait être l'opposant le plus farouche à ce gouvernement, se retrouve au rang de la majorité dans le gouvernement de Jettou, qui n’est lui-même qu’un prolongement de la majorité précédente avant de décider, subitement, d’en faire partie ? Peut-on en chercher la raison dans l'inexistence de lignes de démarquage ni de frontières entre le rôle du gouvernement et celui de l'opposition au Maroc ? Et pourquoi aucune des parties ayant participé au gouvernement "d'alternance" n'a vu en cela un fait pervers que tout le monde a avalé sans gêne aucune ?
La coalition des partis de la majorité ne peut émaner d'une simple cohabitation au sein du gouvernement, puisque les gouvernements au Maroc sont une sorte de «gouvernement de coalition nationale» permanente, qui admet toutes les combinaisons possibles, alors même que cette forme d’association exige, en principe, que les parties prenantes se mettent à table et définissent la raison d’être de leur coalition. Elles doivent, en même temps, être en mesure de trouver des réponses précises et avoir la capacité d'honorer leurs engagements, et non se contenter d’un simple emploi sous tutelle.
Sans cela, parler de l'éventualité d'une coalition entre les partis de la majorité -aujourd'hui ou dans l'absolu- ne serait que pur verbiage.