Discutons avec Mohamed SASSI

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 La Révolution partisane

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Date d'inscription: 09/07/2007

MessageSujet: La Révolution partisane   Sam 14 Juil - 20:20

La Révolution partisane

Après la démission de Me Abderrahmane Youssoufi, la situation des partis marocains occupe de nouveau le devant de la scène. Aujourd'hui, l'on s'accorde à dire que la plupart de nos partis ne vont pas bien et que les fonctions incombant aux partis dans toute société nous imposent ici au Maroc d'agir pour trouver une issue à une crise partisane recrudescente, une situation partisane balkanisée, un symbolisme terni et des mécanismes d'action et d'encadrement en arrêt, à un esprit politique vaincu et à des structures organisationnelles hybrides.

La situation partisane chez nous se caractérise par cinq anomalies (défectuosités) :

1- Une efficacité très relative, c'est-à-dire une faible capacité au niveau de la mobilisation, de la motivation, de l'intervention dans les événements, de la mise en pratique des slogans, et de la mise en oeuvre des projets. Il suffit ici de citer l'incapacité des partis marocains de convaincre la majorité des électeurs à participer aux élections à un moment où l’on est sensé fonder la démocratie et asseoir les bases de la transition. On pourrait également évoquer l'incapacité des partis à disputer le terrain au mouvement islamiste, mais avec des moyens civilisés et transparents et à réunir les conditions de réussite du choix moderniste, à travers la mobilisation massive et la mise en place d'une force pouvant favoriser ce choix par l'entremise de la créativité et d’initiatives indépendantes.

2- L'image négative que l'action partisane renvoie au public. En effet, l'on croit souvent que les cadres des partis politiques ne sont motivés que par la recherche de privilèges ou la préservation d'intérêts à caractère personnel et direct. Autrefois synonyme de sacrifice, l'action partisane représente généralement aujourd'hui, aux yeux du public, une simple source de revenus, un moyen de promotion qui permet de satisfaire l’ambition des élites de s'assurer un confort matériel. Cette image est sans doute liée aux comportements avérés qui mettent à nu la perversité des individus, la lutte acharnée pour les mandats électoraux ou publics, et l'amollissement des liens de solidarité entre les membres d'un même parti.


3- Les luttes au sein des partis sont devenues farouches. Tous les moyens y sont permis et l’on n’hésite pas à faire valoir le monopole de la légitimité partisane pour réduire en miettes les concurrents et les expulser du parti. Il n'existe pas encore de règles à même d'affiner les conflits, de résorber les crises avec des méthodes civilisées dans le but de préserver l'unité, devant garantir une certaine pluralité et interactivité positive entre les points de vue divergents et dissiper les causes de scissions inutiles.


4- Une démocratie interne restreinte ou inexistante. On en veut pour preuve la pérennité des premiers responsables à la tête des partis, la mauvaise préparation des congrès, la négligence des procédures garantissant la participation des bases militantes aux débats et à la conception des orientations, l’omission de la consultation des bases pour trancher les questions stratégiques, la transformation des congrès des provinces et des sections en événement "local" en total rupture avec grandes préoccupations politiques nationales, la transformation des rencontres nationales en simples séances de «défoulement» qui n’ont pas une incidence substantielle sur la réalité, le monopole des supports médiatiques du parti, le recours exagéré aux procédés exceptionnels et aux institutions informelles, l’octroi aux grands leaders du droit d’intervention dans les attributions des structures nationales, la consécration du culte de la personne du grand leader et l’exaltation zélée des actions des dirigeants comme rempart contre la critique et le débat, la consécration de la culture du confidentiel et d’une logique qui veut que la politique soit une sorte d’énigme et de symboles qu’on ne peut déchiffrer qu’au sein des structures de l’ombre et dans les coulisses.

5- L’alanguissement du parti en tant qu’entité organisationnelle. Cet état de fait est dû au nombre réduit d’adhérents, au taux élevé de déperdition de compétences opérationnelles, au manque d’attrait réel chez les structures partisanes, à la faiblesse de la représentativité des femmes et au recul du nombre d’adhérents jeunes. Les sondages d’opinion publiés viennent corroborer cette réalité.

Les changements à apporter à l’institution partisane doivent être d’autant plus profonds qu’ils permettent d’opérer une sorte de révolution globale au sein du parti. Cette révolution doit bouleverser la réalité et relancer l’action partisane sur de nouvelles bases. La révolution escomptée est tributaire de :

- La démocratisation fondée sur la suprématie de la volonté des bases et reconnaissant que l’acte politique est un fait humain.

- La moralisation de la chose partisane par l’adoption de codes déontologiques et de mécanismes de contrôle de l’intégrité et le respect du concept selon lequel le politique est un service public bénévole.

- Le renouveau au niveau de la pensée et de l’action par l’émancipation des initiatives, la promotion de la créativité, la renonciation aux pratiques conventionnelles et à l’atavisme partisan.

- La réactivation qui passe par la relance des fonctions universelles des partis et la promotion de leur rôle en tant qu’initiateurs indépendants des programmes et intervenants principaux dans la détermination des faits.

- La promotion de la participation des femmes et la consolidation du contact à travers les programmes de proximité.

Toutefois, une question s’impose. Est-ce que la révolution partisane doit s’opérer de l’intérieur (au sein même des cadres partisans en fonction) ou de l’extérieur (à travers la création d’un ou plusieurs nouveaux cadres qui font leurs les principes de la révolution partisane et oeuvrent dans le sens de leur consécration dans un cadre naissant) ?
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