25 janvier 2004
Le 25 janvier 2004 restera gravé dans la mémoire des participants à la réunion des instances exécutives dirigeantes de cinq organisations (Congrès National Ittihadi - Gauche Socialiste Unifiée - Parti de l'Avant-garde Démocratique et Socialiste - Mouvement Annahj Addimocrati - Fidélité à la Démocratie) tenue au complexe culturel Mohamed Zefzaf de Maârif à Casablanca. On pourrait même dire que cette réunion aura un effet certain et pas des moindres sur les générations montantes. Pour la première fois, des courants politiques en nombre aussi élevé se réunissent autour de la même table, chacun représenté en moyenne par 8 membres de son instance exécutive nationale (bureau politique ou secrétariat national). La représentation à ce niveau rend compte de l'intérêt que chaque partie accorde à cette étape. On est entrain de voir se réaliser un rêve, mais aussi une prise de conscience collective par les participants de l'importance de l’interaction intellectuelle existante et du sérieux du projet en construction. L'ambiance de bonne camaraderie ayant caractérisé la rencontre du 25 janvier révèle que les composantes de la gauche marocaine "non gouvernementale" ont accédé à la logique de l'unité et s'y sont engagées de toutes leurs forces. Elles ont ainsi pu vaincre la suspicion et le doute qu'ils ressentaient les uns envers les autres et ont pu réaliser combien était grave le manque de communication qui prévalait des fois entre eux, bien que les recoupements et les opportunités ne pouvaient que favoriser un tel échange.
Quels sont les points communs entre ces courants qui se sont donnés rendez-vous un dimanche qu'on aurait dit printanier et par quoi se distinguent-ils ?
1- Toutes ces organisations sont conscientes de l'importance des moyens en politique. Car cette dernière ne peut s'exercer en l'absence de règles d'éthique qui déterminent au préalable une distinction claire entre les moyens acceptables et inacceptables, ou encore en l'absence de mécanismes collectifs pour la protection et la préservation du fondement philosophique et moral de la politique en tant que service public.
2- Elles sont toutes convaincues de la nécessité de lier la pratique à une référence idéologique et politique et de se défaire du pragmatisme absolu en tant que ligne de conduite constante.
3- Elles sont attachées à l'indépendance des organismes politiques par rapport à l'Etat et condamnent le suivisme en tant que comportement quasi-dominant au niveau de la plupart de ces organismes.
4- Elles estiment que l'étape politique actuelle au Maroc ne constitue pas une transition car les conditions de celle-ci sont inexistantes et que l'alternance s'est soldée d'échec.
5- Elles ont conscience de l'importance du membre au sein de l’entité politique et de sa participation dans la vie partisane de manière régulière et permanente ainsi que de la nécessité de lui garantir le droit à la critique et au contrôle des dirigeants. Cela veut dire que l'ambition des militants des cinq courants à ce sujet est de consacrer un statut favorisant l’adhésion active au lieu du statut délesté et ambigu en place dans nos partis traditionnels.
Les courants précités devancent et de loin les autres organismes politiques en terme d'activités dans le champ syndical, des associations des droits de l'homme, des associations des femmes et de développement. Leurs militants se distinguent par la profonde portée philosophique de leurs convictions et par la clarté dans les slogans et les idées directrices. Il n’en demeure pas moins qu’ils pâtissent de points faibles saillants tels que la faible représentativité au niveau des institutions élues (4 membres à la chambre des représentants selon les résultats officiels), la faiblesse des institutions médiatiques qu'ils dirigent, l'absence de réponses précises à toutes les interrogations qu’impose la réalité marocaine, la faiblesse de leur extension populaire par rapport au mouvement islamiste, et la récupération de quelques uns parmi leurs militants.
Les participants à la rencontre du 25 janvier ont fait le diagnostic de cette situation. Ils n’ont pas hésité à reconnaître les entraves à l’action de la gauche telles que son éparpillement, son éloignement des bases populaires, son attachement à un discours chimérique, souvent son cantonnement dans un cercle restreint, son blocage à cause de l'esprit individualiste qui entrave l'unité et favorise l’adhésion à un cadre déterminé aux dépens de l’adhésion à un projet ou une idée.
La rencontre du 25 janvier est née du sentiment que le choix de l'unité devient une nécessité et une exigence objectives pour faire face à une conjoncture politique contraignante et vaincre les difficultés. En effet, il va sans dire que la gauche ne peut survivre dans cet état. L'unité est le moyen qui lui permettra de se doter de la force qui lui fait défaut, de s'assurer une place de choix dans l’échiquier politique, de devenir un pôle attractif et de créer l'événement.
Cependant, les participants ont réaffirmé lors de cette rencontre que l'unité n'est pas simplement une recette imposée par une certaine contrainte ou par l’examen clinique du corps de la gauche souffrante, mais elle procède également d'une volonté délibérée d'insuffler une nouvelle dynamique à la vie politique, de mettre à profit et d'activer les éléments de force désamorcés ou demeurés totalement immobilisés. Le choix de l'unité est en lui-même le signe d’un rapprochement intellectuel et constitue la résultante d'un cumul de savoir-faire. On prend aujourd'hui de plus en plus conscience du fait que les divergences, dans certaines limites, ne sont pas antinomiques avec le principe d’unité, même sous la houlette d’un seul parti, car cette unité peut être gérée par des méthodes et mécanismes universellement reconnus.
D'aucuns estiment, à raison peut être, que le "mouvement du 25 janvier" est une «dernière chance» pour une génération de militants de gauche avant qu’elle ne cède le flambeau à la génération suivante. En d'autres termes, ce mouvement est entrain d’asseoir, sur le plan pratique, un fondement sain pour la relève dans les rangs de la gauche.
Si la gauche a le droit d'agir loin de toute précipitation, elle a également le devoir d'être au rendez-vous et de ne pas manquer les opportunités de faire renaître l'espoir, de réhabiliter l'action politique intègre et indépendante, et de rétablir les valeurs progressistes et humanistes du projet démocratique et socialiste novateur.
Certes la rencontre du 25 janvier a réaffirmé que l'édification du Grand Parti Socialiste constitue un objectif légitime et réaliste, et une ambition que porte la majorité des composantes participant à la rencontre dans leur coeur, mais elle considère que la mission urgente devant être entamée immédiatement est celle d'officialiser le passage du stade de la coordination et de la coopération au stade de l’alliance construite sur un programme global et ce, à travers un cadre commun d'action où seront représentées toutes les parties présentes et qui disposerait de structures nationales, locales et sectoriels et de commissions techniques.
La construction du cadre organisationnel de la coalition (Rassemblement de la Gauche Démocratique) constituera un moyen pratique pour renforcer le processus d'unité, mettre sur pied les conditions favorables à une intégration globale dans le futur. Mais les textes organisationnels du Rassemblement n'empêchent pas que deux ou plusieurs parties puissent engager une opération d'intégration au cours d'une étape quelconque de l'existence du Rassemblement, même au cours du lancement de celui-ci, sans pour autant que cela ne puisse invalider le Rassemblement.